Au cœur des débats contemporains sur le changement climatique, la question du transport aérien soulève des inquiétudes majeures. Avec l’essor d’une conscience écologique chez les jeunes générations, il paraît paradoxal que ces derniers figurent parmi les usagers les plus assidus de l’avion. En 2025, les 18-34 ans constituent désormais 46 % des passagers en France, marquant une augmentation notable par rapport à 2016. Cette tendance, bien qu’opposée à leur fort attachement aux enjeux environnementaux, révèle une relation complexe entre mobilité durable, aspirations de découverte, et la culpabilité carbone qu’ils éprouvent vol après vol.
En effet, la même étude de la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers met en lumière que malgré une sensibilité accrue aux émissions CO2 générées par l’aviation, ce segment de la population continue à privilégier ce mode de transport pour ses voyages, notamment internationaux. Cette dissonance cognitive s’explique notamment par une pression sociale et culturelle, un besoin de déconnexion, et un réel désir d’explorer plus loin, à un coût souvent compétitif par rapport à d’autres moyens de transport. Le poids de cette culpabilité carbone est ressenti de manière palpable, induisant chez certains une remise en question profonde de leurs modes de déplacement, sans pour autant freiner les habitudes qui se sont ancrées avec le temps.
L’essor paradoxal du vol chez des jeunes aux convictions écologiques affirmées
Le phénomène appelé « flygskam » en Suède, ou la honte de prendre l’avion, n’a pas réussi à s’enraciner durablement chez la jeune population française. À Paris, Manon, étudiante en master développement durable, illustre ce conflit : tout en reconnaissant l’impact environnemental de ses trajets en avion, elle persiste à voyager, combinant rêves d’évasion et enjeux écologiques. Chaque vol amplifie sa culpabilité carbone, mais la recherche d’alternatives, notamment pour les courts trajets, se heurte encore à plusieurs obstacles logistiques.
Les experts du secteur comme l’agence de voyage Terres d’aventure soulignent qu’une prise de conscience accrue encourage désormais les voyageurs à privilégier des itinéraires réfléchis, compacte et responsables. Néanmoins, cela n’annule pas la complexité émotionnelle ressentie lors de la décision de voler, démontrant que le changement vers une mobilité durable s’inscrit dans un processus long et individualisé.
Calculer l’impact environnemental réel des vols : une nécessaire transparence
Les vols sont parmi les modes de transport les plus émetteurs en termes d’émissions CO2, en particulier lorsque l’on considère un aller-retour long-courrier. L’aviation civile représente un peu plus de 2 % des émissions mondiales, mais son évolution rapide due à la hausse du trafic pèse lourdement sur le bilan climatique global. Les jeunes, informés et engagés, débattent régulièrement de l’empreinte carbone réelle de leurs voyages, confrontés à la difficulté d’obtenir des données précises et adaptées à chaque vol.
Les initiatives pour rendre le bilan carbone plus transparent se multiplient, appuyées par des plateformes spécialisées et parfois par l’industrie aéronautique elle-même. Toutefois, la nature même du vol, avec ses émissions en altitude accentuant l’effet de serre, rend délicate la justification d’un usage systématique. Selon des analyses fiables, un seul aller-retour entre Paris et Tokyo peut annuler une année entière d’efforts écolos en termes de réduction des gaz à effet de serre.
Entre culpabilité et persistance : les jeunes face au dilemme du vol
Ce conflit interne est renforcé par le contexte social et culturel. La mobilité est un facteur d’émancipation pour la jeunesse, notamment dans un monde globalisé. Les envies d’expériences et de découvertes lointaines, surtout au sein des jeunes éco-responsables, restent fédératrices malgré le poids de la culpabilité carbone. Certains privilégient des voyages en train ou des séjours plus proches, mais la tentation du dépaysement par avion persiste.
L’offre des agences de voyage, telles que Terres d’aventure, s’adapte à cette demande en proposant des séjours éco-conçus, des itinéraires optimisés, et des engagements pour réduire l’impact environnemental globale du déplacement. Malgré cela, le choix de l’avion demeure fréquemment sélectionné, soutenant la croissance continue du trafic aérien qui a dépassé les niveaux d’avant pandémie avec 183 millions de passagers en 2025.
Des initiatives émergentes pour une aviation plus verte
Pour répondre à ce paradoxe, l’aéronautique explore plusieurs pistes : carburants alternatifs, technologies hybrides ou électriques, optimisation des routes aériennes et compensations carbone. Ces innovations restent encore en phase de développement ou de déploiement partiel. La multiplication des campagnes de sensibilisation contribue à renforcer la conscience écologique des usagers, notamment chez les plus jeunes.
Au-delà des avancées technologiques, l’adoption collective d’une mobilité durable repose aussi sur une prise de responsabilité individuelle et sur l’information accessible. Les sponsors du tourisme et de l’aviation devront impliquer davantage les voyageurs dans ce processus pour transformer durablement les mentalités. Cette dynamique est essentielle pour réduire véritablement l’impact environnemental tout en répondant aux attentes d’évasion des jeunes.
Source: www.lemonde.fr